Toledo, le 23 février 2026
Je regarde peu la télévision. Mais il m’arrive, de temps à autre, de me laisser happer par une série lorsque je tombe sur quelque chose de suffisamment divertissant pour me changer les idées – ou simplement quand je suis seul.
Ces jours-ci, je regarde Animal Kingdom. Et puis, au détour d’un épisode, un visage m’arrête. Celui de l’actrice Dichen Lachman. Une expression particulière. Un regard à la fois distant et pénétrant. Une physionomie qui me rappelle quelque chose.

Ce n’est pas un souvenir précis. Pas une ressemblance exacte. Plutôt une expression.
J’ai une mémoire visuelle très développée. Il me faut quelques secondes pour refaire le fil. Une image ancienne remonte de mes archives neuronales. Une bande dessinée lue vers mes dix ans. Une BD étrange, marquante, qui parlait d’extra-terrestres.
Et soudain, le nom me revient.
Antonio Villas Boas.
Un jeune fermier brésilien qui, dans les années 1950, affirma avoir été enlevé par des êtres venus d’ailleurs.

A cette époque, la BD, qui se voulait être « basée sur des témoignages véridiques », donnait un poids très important à cette histoire.
Le cas de 1957
L’affaire Antonio Villas Boas se déroule dans la nuit du 15 au 16 octobre 1957, dans l’État du Minas Gerais, au Brésil. Âgé de 23 ans, le jeune fermier travaille de nuit dans les champs pour éviter la chaleur. C’est alors qu’il aperçoit une lumière rouge brillante dans le ciel, qui semble se rapprocher progressivement.
Selon son récit, un engin ovoïde se pose non loin de lui. De petites silhouettes humanoïdes en sortent. Il affirme avoir été saisi, conduit à l’intérieur de l’appareil, puis soumis à divers examens médicaux. Il décrit une pièce éclairée par une lumière intense, des êtres de petite taille aux yeux étirés, et surtout — élément qui marquera durablement l’ufologie — une interaction de nature sexuelle avec une femme décrite comme différente des entités masculines.
A un moment, elle aurait montré son ventre et pointé son doigt vers le ciel, comme pour lui signifier que son enfant grandirait parmi les étoiles.
De retour chez lui quelques heures plus tard, Villas Boas présente des symptômes physiques : nausées, faiblesse, irritations cutanées. Un médecin l’examine et note un état d’épuisement et des lésions légères, sans pouvoir établir de cause précise.
Le récit est formalisé quelques années plus tard par l’avocat et ufologue brésilien João Martins. Le cas deviendra l’un des premiers récits modernes d’“abduction”, bien avant Betty et Barney Hill aux États-Unis.
Antonio Villas Boas a apparemment soutenu l’histoire de son enlèvement présumé toute sa vie, jusqu’à son décès en 1991.
Contexte et regard critique
Nous sommes en pleine guerre froide. Spoutnik sera lancé quelques jours plus tard, en octobre 1957. Le thème des soucoupes volantes et de la conquête spatiale était très présent dans la culture populaire des années 1950.
Déjà de grands films de science-fiction, voir de très grand, étaient déjà sorti bien plus tôt.
Planète interdite (Forbidden Planet)
Sortit en 1956. C’est un chef d’œuvre à voir absolument.
Mais il y avait aussi eu …
Le Jour où la Terre s’arrêta (1951)
L’Invasion des profanateurs de sépulture (1956)
Etc…
Les ouvrages sur le sujet étaient aussi très en vogue, comme ceux de Georges Adamski.
Betty et Barney Hill
4 ans plus tard, en septembre 1961, aux États-Unis, dans le New Hampshire.
Betty et Barney Hill prétendront également avoir été enlevés par des extra-terrestres.
Leur récit se dévoilera sous hypnose, et sera largement médiatisé en Amérique et dans le monde.
Ce que j’en pense…
Le chercheur Peter Rogerson doute de la véracité du récit de Villas Boas. Il fait remarquer que plusieurs mois avant que celui-ci ne fasse le récit de son prétendu enlèvement, le périodique O Cruzeiro avait publié un article sur une affaire similaire dans son numéro de 1957. Villas Boas aurait emprunté certains détails de ce premier récit, y ajoutant des éléments puisés dans les récits de George Adamski.
La référence est ici :
https://web.archive.org/web/20060427053131/http://www.magonia.demon.co.uk/arc/90/revis01.html
Cela fragilise fortement l’argument longtemps avancé selon lequel un “simple fermier brésilien” n’aurait pas pu inventer un récit aussi élaboré.
Premièrement, posséder un tracteur au Brésil en 1957 n’était pas anodin. C’était un signe de relative aisance économique. Nous ne parlons pas d’un paysan isolé sans accès à l’information.
Deuxièmement, Antonio Villas Boas deviendra par la suite avocat. On est loin de l’image caricaturale parfois utilisée pour renforcer l’idée d’une naïveté rurale.
Ce point est important. Il montre à quel point certains récits ufologiques ont parfois été protégés par des présupposés sociaux : “Il ne pouvait pas inventer cela.” Or l’histoire démontre régulièrement que l’origine sociale n’est en rien un rempart contre la construction d’un récit complexe – volontairement ou non.
À mes yeux, le cas Villas Boas reste intéressant. Mais il devient bien plus fascinant lorsqu’on l’analyse comme un moment charnière de la mythologie moderne des abductions, plutôt que comme une preuve brute d’un contact extraterrestre.
En l’état actuel des connaissances, ces affaires restent historiquement intéressantes.
Elles permettent de comprendre comment s’est construite, progressivement, la narration moderne des enlèvements extraterrestres.
Mais leur accorder un crédit factuel sérieux n’est juste pas possible.
À mes yeux, ces cas sont passionnants comme phénomènes culturels, psychologiques et sociologiques.
En revanche, ils ne constituent certainement pas, à ce jour, une preuve sérieuse d’une interaction extraterrestre…
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