Disclosure Day : Spielberg, les OVNIs et la fatigue de la divulgation

Le 4ième de Toledo, le 10 juin 2026

Hier, j’ai été invité à Genève pour l’avant-première du nouveau film de Steven Spielberg, Disclosure Day.

Je vous laisserai découvrir le film par vous-même. Je ne vais donc pas vous raconter l’intrigue, ni gâcher les quelques surprises qu’il contient. Disons simplement que Spielberg revient ici à un territoire connu : les extraterrestres, le secret, la sidération collective, l’humanité face à plus grand qu’elle.

Sur le papier, tout cela avait de quoi me réjouir.

Dans les faits, je suis sorti de la salle avec un sentiment assez mitigé.

Visuellement, c’est assez prenant malgré quelques longueurs. Il y a de l’action, du rythme assez soutenu, des scènes efficaces, et Spielberg reste Spielberg : même lorsqu’il recycle des idées déjà vues, il sait encore fabriquer du cinéma populaire de bon niveau. Même si cela n’a pas empêché quelques spectateurs de s’endormir par moments.

Mais la fin m’a laissé sur ma faim. Le genre de conclusion qui donne envie de dire : « Tout ça pour ça ? » Une accumulation de mystère, de tension, de révélations annoncées comme vertigineuses… pour finalement retomber sur quelque chose de beaucoup plus convenu que ce que le film semblait promettre.

Mais ce n’est pas vraiment du scénario que j’ai envie de parler.

C’était mieux avant ?

Très franchement, on est à mille années-lumière de Rencontres du troisième type.

Ce film extraordinaire, sorti en 1977 — il y a donc presque un demi-siècle — reste à mes yeux le sommet du cinéma de science-fiction. Il était très en avance sur son temps, non seulement par ses effets spéciaux, mais surtout par son atmosphère, sa lente montée vers l’inconnu, sa manière de représenter le contact non pas comme une simple menace, mais comme un bouleversement intime, spirituel.

Dans Rencontres du troisième type, Spielberg ne cherchait pas seulement à montrer des lumières dans le ciel. Il montrait l’obsession, l’appel, le doute, la fascination, la folie douce de ceux qui pensent avoir vu quelque chose que les autres ne peuvent pas comprendre.

Le film avait une puissance rare : il ne criait pas « révélation » toutes les cinq minutes. Il construisait l’émerveillement.

Comment Spielberg a-t-il pu réaliser un tel film à cette époque ? Par la technique, bien sûr. Par la maîtrise absolue de la Scène.

-> Mais surtout par l’éclat du génie.

Avec Disclosure Day, j’ai eu l’impression inverse : le film ne construit pas le mystère, il le consomme. Il ne contemple pas l’inconnu, il l’emballe dans les codes très actuels du thriller conspirationniste.

Les sources d’aujourd’hui : le conspirationnisme d’Internet

Ce qui m’a frappé, c’est à quel point le film semble nourri par l’écosystème OVNI contemporain : les lanceurs d’alerte, les vidéos floues, les déclarations invérifiables, les sociétés privées mystérieuses, les programmes secrets, les données cachées, les auditions, les révélations promises, les « insiders » et les fameux « on ne peut pas encore tout dire ».

J’ai eu l’impression que Spielberg avait passé quelques années à farfouiller dans les recoins conspirationnistes d’Internet – et, au fond, ce n’est pas seulement une impression, puisqu’il a lui-même reconnu s’être intéressé à cette culture récente autour des UAP.

Le résultat ressemble parfois à un grand mashup hollywoodien des dernières années de folklore ufologique : un peu de David Grusch, un peu de Jeremy Corbell, un peu de Ross Coulthart, quelques ingrédients de X/Twitter, une pincée de secret défense, et beaucoup de musique dramatique pour faire monter la sauce.

Le problème n’est pas que le cinéma s’inspire de l’actualité ou des mythologies modernes. Le cinéma l’a toujours fait. Le problème, c’est que le film arrive dans un moment où une partie du public ne fait plus très bien la différence entre fiction, croyance, hypothèse et information vérifiée.

Et là, cela devient intéressant. Ou pas.

Quand la fiction devient une « preuve » pour certains

Sur X, on trouve déjà des personnes convaincues que certains éléments du film sont réels. Certains y voient presque un fragment de la « Divulgation ». D’autres imaginent que Spielberg serait utilisé comme un canal culturel pour préparer progressivement l’humanité à une vérité cachée.

On connaît la chanson.

Chaque film, chaque série, chaque documentaire, chaque interview devient une pièce supposée d’un immense puzzle. Si un réalisateur parle d’OVNIs, c’est qu’il sait quelque chose. Si un scénario évoque un programme secret, c’est qu’il y a forcément une fuite contrôlée. Si un personnage ressemble vaguement à un lanceur d’alerte, c’est que le cinéma « encode » la vérité.

C’est précisément là que le sujet devient problématique.

Un film n’est pas une preuve. Une intuition artistique n’est pas une donnée. Un scénario n’est pas un document déclassifié. Et Spielberg, aussi immense soit-il, n’est pas une autorité scientifique sur la réalité des phénomènes aérospatiaux non identifiés.

On peut aimer le cinéma. On peut être passionné par les OVNIs. On peut souhaiter que des enquêtes sérieuses soient menées sur certains cas. Mais on ne peut pas transformer chaque œuvre de fiction en confirmation de ce que l’on croit déjà.

Le grand recyclage de la croyance

Ce que montre peut-être Disclosure Day, malgré lui, c’est l’état actuel de la culture OVNI.

Nous ne sommes plus dans le temps des observations lentes, des enquêtes de terrain, des témoins interrogés, des rapports étudiés avec prudence. Nous sommes dans le temps du flux permanent, de la vidéo virale, du teasing, de la promesse de révélation imminente, du « bientôt vous saurez », du « mes sources me disent que ».

La divulgation est devenue un produit narratif.

On ne vend plus seulement l’idée qu’il existe peut-être quelque chose. On vend l’attente. On vend le suspense. On vend l’accès supposé à un secret que les autres n’auraient pas encore compris.

Et Hollywood, forcément, capte cette énergie. Spielberg la transforme en spectacle. C’est son droit. Le résultat peut même être divertissant.

Mais pour ceux qui s’intéressent sérieusement au sujet, il faut garder la tête froide : le cinéma amplifie les mythes, il ne les vérifie pas.

Les Grifters jamais très loin…

Le pire est que les Grifters habituels ont choisis aussi cette date pour faire une manifestation à Washington, à l’extérieur, rien d’officiel on est d’accord, pour faire leurs discours habituels…En parlant des cas comme Varginha, etc, évidemment, il y avait Burlison, Leslie Kean qui nous a parlé de David Grusch, les récupérations d’êtres vivants ET, de technologie, et blablabla, gros coup de fatigue. Arrêtez de bavarder, amenez des preuves SVP…

Grush (Qui a une barbe pour se donner un peu plus d’autorité ;>) parle de documents secrets du gouvernement Australien…Et The Black Vault vient de rappeler que cela fait 10 ans qu’ils sont sur son site…C’est tous des clowns. En blanc, Leslie, on voit Luna avec les lunettes à soleil…

Spielberg a-t-il perdu l’émerveillement ?

Ce qui me manque le plus dans Disclosure Day, ce n’est pas la qualité technique. Elle est là. Ce n’est pas non plus le divertissement. Le film fonctionne comme objet de spectacle.

Ce qui me manque, c’est l’émerveillement intelligent.

Dans Rencontres du troisième type, l’inconnu restait immense. Il n’était pas réduit à un dossier secret, à une conspiration gouvernementale ou à une fuite de données. Il y avait quelque chose de sacré dans cette rencontre finale : une émotion, une retenue, une grâce.

Dans Disclosure Day, l’inconnu semble avoir été contaminé par notre époque : tout devient information, soupçon, manipulation, secret, révélation, communication de crise. Le mystère cosmique se retrouve enfermé dans les réflexes narratifs d’Internet.

C’est peut-être volontaire. C’est peut-être même le propos du film. Mais personnellement, je trouve cela faible.

Le Spielberg de 1977 regardait le ciel. Le Spielberg de 2026 regarde les fonds de chiottes d’Internet.

Et ce n’est pas tout à fait la même chose.

Conclusion : un film très moyen, mais un symptôme

Au final, Disclosure Day est un film de divertissement assez moyen. Il y a un peu de spectacle, une maîtrise de la caméra, quelques scènes efficaces, et probablement beaucoup de spectateurs passeront un excellent moment.

Mais pour moi, il dit surtout quelque chose de notre époque : nous avons remplacé l’émerveillement par la suspicion. Nous ne regardons plus les étoiles en nous demandant ce qu’il pourrait y avoir là-haut ; nous cherchons quel gouvernement, quelle agence ou quelle entreprise nous cacherait la vérité.

C’est peut-être cela, le vrai sujet du film. Pas les extraterrestres. Nous.

La note de UAP-BLOG

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https://www.cbsnews.com/news/disclosure-day-director-steven-spielberg-on-alien-visitations